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Maya Chollet : Championne Suisse de Trail 2019

Écrit par Pierre-André d'ARBIGNY.

 

Maya Chollet :

"Comment résumer une course de 73 kilomètres ?

Comment résumer 10 heures d’effort, d’émotions, de dépassement de soi, de rencontres, de paysages ?

Pas facile…vous pouvez lire en diagonale, pas de problème !

Je me suis élancée samedi sur le trail Verbier St Bernard (http://www.trailvsb.com/fr/courses/X-Traversee-73/) qui faisait office de Championnat Suisse de Trail 2019. Jamais je n’avais couru une telle distance en compétition, autant dire que je ne savais pas trop comment gérer, ni la pression, ni l’effort, ni les ravitaillements. J’ai, pour la première fois de ma vie, couru avec des bâtons (ou plutôt, je les ai pris avec, au cas où plus pour me rassurer que pour les utiliser vraiment). Le parcours comptait 6 grosses montées, de belles descentes, assez techniques, pour un total de 4900 mètres de dénivelé, tout sauf une promenade. Je suis partie tranquille avec pour stratégie de ne jamais avoir ni faim, ni soif, ni être dans le rouge. « Tout espérer, rien attendre » les mots d’un ami, guide de montagne qui assurait la sécurité de la course quelque part dans l’hélico me tournaient dans la tête.

Le parcours de ce trail est grandiose, et c’est tellement long qu’on a le temps de lever les yeux vers les sommets, sauf dans les descentes peut-être.

J’étais en tête dès le début, après c’est dur de savoir où on se situe, l’avance est-elle grande, petite, suffisante ? J’essayais surtout de ne pas trop réfléchir et de ne pas trébucher. Une mauvaise chute et c’était la fin de l’histoire. Et au bout de la longue route, il y avait le titre suisse, il fallait au moins tenter de le décrocher.

Sur les trails, les ravitaillements, c’est le moment où tu retrouves la civilisation, les gens te regardent, tu es super concentré et stressé parfois, pas facile de dire merci bonjour ou au revoir quand chaque seconde compte pour remplir les petites bouteilles qui te permettent de rejoindre le ravitaillement suivant. Et on doit passer pour des animaux quand on met dans la bouche du chocolat, des flûtes et des fruits secs en même temps…. Bref.

Les kilomètres défilaient, 20, 25, c’est là qu’il ne faut surtout pas se dire, allez plus que 50… parce que sinon tu abandonnes mais direct.

J’ai fait un bout de route avec un Suédois, puis un Italien, puis un Norvégien. Que des hommes, pas de femmes. Tant mieux ! Les montées et descentes défilaient. A un moment, on a retrouvé les coureurs du 42 kilomètres, 2000 personnes sur le même sentier dans la descente, pas facile à dépasser, je crois que de toute la course, c’était la partie la plus dur. Essayer de rester poli, mais que les gens se mettent vite vite de côté !

Arrivée au 35èmekilomètre, la cabane Brunet, j’ai demandé à une amie l’avance que j’avais. 8 minutes m’a-t-elle dit. Là, j’ai commencé à stresser. 8 minutes, ce n’est rien. Une chute, une pause trop longue, et c’est loin les 8 minutes. Alors j’ai accéléré, de plus en plus, et je me suis mise à la limite du rouge. Col des Avouillons, descente sur la passerelle de Panossière, j’ai vraiment tout donné. Heureusement sur la passerelle, on ne pouvait pas courir, cela m’a fait une pause. J’ai décidé aussi que tous les ravitaillements restants, je ne devais pas y passer plus que deux minutes. Pas une seconde de plus. Chose que j’ai respectée ! pas facile d’être efficace quand c’est la 8èmeheure de course et que les mains tremblent, le cerveau ne fonctionne plus tout à fait et que tu serais content de voir les bénévoles des ravitaillements un peu plus longtemps avant de repartir dans ton tunnel. Parce que les longues courses, au bout de 7-8 heures, tu entres comme dans un tunnel. Tu ne sens plus les choses de la même façon, le chaud, le froid, les douleurs, les encouragements, les mots des autres coureurs, tout est déformé, amplifié ou atténué. C’est très étrange, comme irréel, comme un film où te serais ton propre spectateur. La très longue descente de Panossière à Lourtier (12km) c’est celle que je craignais le plus. Je ne suis pas douée en descente, l’avance je la creuse à la montée, toujours. Cela a mal commencé, par un vol plané. J’ai mordu la poussière. Le coureur derrière moi a eu super peur que je me sois tordu la cheville. Directement il est venu m’aider. Rien de grave, nous sommes repartis. C’est là que j’ai vu qu’il courrait…en sandales ! Le marathon en sandales. Et il aimait les descentes, lui. Il a décidé de me soutenir et m’accompagner jusqu’à Lourtier, « mais tu le gagnes hein ce titre, Maya !! ». Incroyable Julien, comme on a tracé dans cette descente. 2 heures dont je n’ai rien vu passer. A Lourtier, montée finale sur la Chaux, un mur terrible de 1000 mètres de dénivelé. Le dernier avant la descente sur Verbier. Kilomètre 60, les jambes détruites par la descente de 12 kilomètres, c’est là qu’il faut serrer les dents. Etonnamment, j’avais encore beaucoup de courage. J’ai attaqué la montée toute tranquille, en dépassant des dizaines de personnes. Je commençais à y croire à ce titre et à cette victoire. Mais ne rien lâcher et rester concentrer je me disais.

J’ai rejoint un ami coureur du 73 kilomètres « dans le dur » et j’ai fait son lièvre jusqu’à la Chaux. Pouvoir se soutenir, cela fait une différence énorme.

Descente finale sur Verbier, je ne pensais plus à rien. J’avais sûrement plus une fibre musculaire en bon été mais je volais. Les endorphines c’est magique….et dangereux à la fois. Je me suis arrêtée un instant pour me reconcentrer. Elle est longue cette dernière descente, où tu entends le speaker dans l’aire d’arrivée alors qu’il te reste au moins 20 minutes à tenir.

Et tout d’un coup tu vois les maisons, tu retrouves le bitume, tu traverses Verbier, des amis, des spectateurs qui crient. Tu sors de ton tunnel, c’est la fin du voyage. Plus que quelques mètres, tu vois les organisateurs qui tendent la bannière du vainqueur, tu la prends, en levant les deux bras…ça a marché….Championne Suisse de Trail 2019 !"

(c) TVSB / Monica Dalmasso 

Facts (non c’est n’est pas une recette de cuisine)

75km (selon GPS)

4908 mètres de dénivelé

Des milliers de pas

10 litres d’eau

10 gr de sel

3dl de coca

8 gels

300 gr de choco

2 bananes

200 gr de massepain

8 barres énergétiques

5 Compeed (les machins pour les cloques)

1 gros bleu

Un peu de courage

Un grand sourire

(c) TVSB / Monica Dalmasso 

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