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Maya Chollet 14ème aux Championnats du Monde de course de montagne longue distance (24 juin 2018)

Écrit par Pierre-André d'ARBIGNY.

  

Récit de Maya Chollet, athlète au Stade Genève Athlétisme :

Départ et arrivée à Karpacz

Nous sommes partis vendredi avec le team suisse depuis Zürich, 5 hommes (Jonathan Abelard, Jérémy Hunt, Pascal Egli, Stefan Lustenberger et Fabian Downs) et moi (seule femme), ainsi que notre entraîneur national Thomas Hürzeler.

Premier joli moment : passer le contrôle de sécurité et se promener dans l’aéroport tous habillés de notre training de l’équipe suisse. On nous a demandé si nous étions une équipe de foot ! Notre vol arrivait directement à Worclaw, d’où nous avons pris un bus pour rejoindre notre hôtel 1h30 plus tard. Pendant le trajet, premiers briefings. Avec Thomas, nous avons discuté de l’objectif de course. La Fédération Swissathletics ne prend que les athlètes qui peuvent finir dans le premier tiers du classement. Pour moi cela signifiant avec 55 femmes au départ, que je devais être dans les 20. C’était mes premiers championnats du monde, je devais profiter pour acquérir de l’expérience m’a dit Thomas, « je te fais confiance, tu peux faire un bon classement sur ce parcours ».

J’en doutais plus que lui. Le parcours justement, il n’était pas comme je les aime. Trop roulant, trop plat (si si je vous jure) et surtout pas assez technique. Nous ne devions pas courir sur des sentiers étroits et boueux plein de cailloux, très raides et casse-pattes mais sur des routes larges de type pavées. J’ai laissé mes doutes de côté, nous sommes arrivés dans notre « hôtel ». Jamais vu un truc pareil, 1200 chambres, une zone piscine grande comme les bains de Lavey, un cinéma, un bowling, un restaurant pour enfants, et je ne parle même pas du hall, des buffets, de la grotte de sel pour se ressourcer ou de l’aquarium à l’entrée….

Mais le plus impressionnant et le plus chouette, c’est que nous étions tous, tous les athlètes, logés au même endroit ! Argentins, Chiliens, Américains, Européens qui se croisent dans leurs trainings respectifs, et toutes les habitudes d’entrainements, de nutrition ou de relaxation avant-course qui se confrontent et se mélangent. Rien que pour cela, j’étais heureuse d’être du voyage.

Le samedi, nous avons pris le télésiège pour aller voir la montagne que nous devions grimper deux fois. Il faisait très froid, 4 degrés au sommet, et pour le jour de la course, la pluie était annoncée en plus. La route pavée allait être un toboggan ! On a bien ri sur le télésiège made in Switzerland !

Le soir, nous avons fait un nouveau briefing stratégique : où notre entraîneur et son assistant allaient se poster avec les ravitaillements personnels, quels habits porter, comment gérer la première montée et descente pour ne pas se griller, étude du parcours…

Puis nous avons été au centre du village pour la cérémonie d’ouverture et le défilé officiel des nations avec les différents drapeaux. Et oui, ambiance championnats du monde garantie !

Et enfin au lit, pas trop tard, avec un départ à 9h du matin, nous devions nous lever tôt pour déjeuner.

Jour de la course  (Distance : 36km, 2200 mètres de dénivelé +)

Il faisait moche, brumeux, il pleuvait et le thermomètre affichait 6 degrés dehors. Ça m’a fait marrer plus qu’effrayée en fait. J’ai été avaler mon déjeuner pain et miel et nous avons pris le bus pour descendre au départ. Je me sentais un peu fatiguée mais je me réjouissais de m’élancer sur l’épreuve. A l’échauffement, j’ai décidé de ne pas mettre de sous-pull, juste mon maillot et un short. Nous avons été au check-in et encore une fois, nous nous sommes réunis. Stefan a fait un discours de motivation, l’entraineur aussi. Très efficace ! Les garçons avaient une chance de podium en équipe, chaque classement compte a rappelé Thomas (l’entraîneur).

Et puis départ, tous ensemble. C’est parti vite, trop vite. Je suis restée calme derrière. La première montée est arrivée lentement, rien de raide, pas un mur comme je les aime, on pouvait courir tout du long. J’étais dans les 20 au moment d’arriver en haut. Pas fatiguée, comme l’entraineur avait conseillé. C’était parti pour la première descente, ultra dure sur des pavés irréguliers et à 15km/h. Dangereuse aussi, à peine entamée que j’entendais déjà des sirènes synonymes d’accidents.

On me dépassait de partout. Mets-toi dans ta bulle avait dit Thomas. Il ne faut pas te griller parce que tu as encore 20km de course après la première descente. J’ai écouté. Nous repassions une fois par la zone de départ/arrivée, Thomas était là « weiter so ! gut super machs du das ! ». J’ai repris confiance malgré les places perdues. Avant d’attaquer la seconde montée, nous avions un long trop long bout droit plat sur une route. Je me suis faite encore dépasser par des filles plus rapides. C’est frustrant mais plus vite je ne pouvais pas.

Ca va paraître bizarre mais j’attendais la montée avec impatience ! Enfin elle est arrivée cette foutue deuxième montée, plus raide que la première (on remontait sur le même sommet mais pas par le même chemin). J’ai attaqué. Et repris des places et encore dépassé et dépassé et redépassé. Là je retrouvais mes ailes, coupées dans le plat et la descente. Décidemment, je suis faite pour grimper !

Au sommet de la montagne, j’avais regagné toutes les places perdues. J’ai senti une mini crampe venir, je l’ai chassée de ma tête. Le reste allait être une question de volonté.

Départ pour les 11km de descente à bloc sur les pavés. Lâche le frein à main j’ai pensé. Là tu n’as plus rien à perdre, après ça c’est fini. j’ai pris un 4èmeet dernier gel (je n’ai rien mangé d’autre) et c’était parti. Quand c’est comme ça mieux vaut ne pas trop penser. 16km/h, si tu trébuches…. Ça fait très mal !

Katrine, une amie Danoise m’a dépassée. Elle est douée sur les pavés, je le savais. J’ai croché. L’entraineur avait dit au briefing, une course n’est jouée que quand tu franchis la ligne. Cela me tournait dans la tête. Je ne sais pas où j’ai trouvé les forces mais je l’ai dépassé à 1km de la fin et j’ai sprinté sur les 500 derniers mètres pour maintenir ma place. 14ème ! 3h23. Katrine est arrivée 2 secondes plus tard. La tête, là c’était juste la tête.

Super Maya !!!! Notre entraîneur était super content, moi encore plus, objectif plus qu’atteint puisque je finis dans le premier quart du classement et à 8 minutes à peine du top 5 ! Je dégoulinais de boue et de pluie. « Ca va tu n’as pas eu froid ? Trois degrés au sommet… » pas senti le froid une seule seconde.

Les garçons ont aussi bien terminé, Jonathan fait le meilleur classement à la 6èmeplace. Pas de blessés heureusement, vu l’état de certains qui arrivaient, c’est un petit exploit, mais malheureusement, l’équipe fait 4ème. Ma 14èmeplace est le deuxième meilleur classement suisse après celui de Jonathan.

Le reste du séjour polonais était un mélange de spa, sauna, échanges de photos, fêtes, massages et allers-retours au buffet. Mes premiers championnats du monde, je ne suis pas prête de les oublier et j’espère que ce ne seront pas les derniers !

Interview de Maya sur Léman Bleu

 

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